L’accès à l’électricité peut-il déterminer si un projet verra ou non le jour?
Jérémie Côté : Pour les projets industriels en région éloignée, cet accès est souvent l’un des premiers éléments concrets qu’il faut évaluer. On peut avoir une ressource, un procédé viable et une solide analyse de rentabilité, mais tout cela ne vaut rien si l’on ne peut assurer l’alimentation constante du projet en électricité. Par exemple, pour les projets miniers, la question de l’électricité demeure un facteur décisif, au même titre que la logistique et la disponibilité de la main-d’œuvre.
Alireza Khosroshahi : Du point de vue de la planification énergétique, il faut d’emblée se demander si le projet peut avoir accès au réseau électrique. Il faut voir si un raccordement est possible pour assurer le transport de l’électricité et si le réseau est capable de répondre aux besoins du projet.
Il ne suffit pas de repérer une ligne de transport à proximité et de supposer que l’électricité soit disponible. Il faut connaître la capacité du réseau, le temps que prendra le processus d’interconnexion et si cela fonctionne avec l’échéancier du projet. Les organisations doivent faire ces démarches très tôt dans le processus de planification.
« Si vous ne pouvez pas alimenter votre projet en électricité, il n’y a plus de projet. » – Alireza Khosroshahi, ing., ingénieur sénior, Planification du transport d’électricité
La disponibilité de l’électricité n’est plus seulement un enjeu technique. Les investisseurs demandent souvent si le projet sera approvisionné adéquatement, pour répondre aux besoins pendant toute sa durée de vie.
Que doivent faire les organisations si l’échéancier d’un projet avance plus vite que les délais de raccordement au réseau?
Jérémie Côté : On voit de plus en plus ce genre de situation dans tous les secteurs d’activité. Un projet peut être opérationnel d’ici deux à trois ans, mais il faut parfois plus de temps que cela pour que son raccordement au réseau soit effectué. La planification énergétique représente donc un élément incontournable de la planification du projet, et non une simple tâche à réaliser plus tard dans le processus de développement.
« Si le projet ne peut être raccordé au réseau dans les temps, vous devez voir quelle autre source d’énergie alimentera le projet jusqu’à son raccordement. » – Jérémie Côté, ing., directeur, Production d’électricité thermique
Une stratégie que nous proposons de plus en plus souvent à nos clients, c’est une période de transition vers le réseau. Si les installations ne sont pas encore raccordées au réseau au moment de leur mise en service, l’organisation doit déterminer quelle source d’énergie les alimentera entre-temps. Selon l’emplacement et les besoins, cela peut impliquer une production en amont du compteur au moyen d’énergie thermique, d’énergie renouvelable ou d’une approche hybride. Si on attend trop longtemps, les possibilités et la flexibilité s’en trouvent souvent réduites.
Alireza Khosroshahi : L’échéancier d’un projet et le moment de son raccordement au réseau ne concordent pas toujours. Même si l’électricité est disponible, les organisations doivent savoir quand elles pourront y avoir effectivement accès et quelles sont les exigences applicables dans le territoire visé.
C’est que le processus peut varier considérablement d’une province ou d’un État à l’autre. La capacité, les études d’interconnexion, les autorisations des services publics et les exigences réglementaires ont toutes une incidence sur l’échéancier d’un projet. Dans certains cas, les infrastructures sont là, mais l’accès à l’électricité prend plus de temps que prévu, ce qui retarde le projet.
C’est pourquoi la planification de l’interconnexion doit se faire dès le départ. Aujourd’hui, la disponibilité de l’électricité relève autant de la planification et de la gestion des risques que des aspects techniques, en particulier pour les projets qui doivent attendre longtemps avant leur raccordement.
Si l’analyse montre qu’il est impossible de raccorder le projet dans le respect de l’échéancier, les promoteurs pourraient devoir envisager d’autres options, telles que le regroupement de la charge et de la production, dans la mesure du possible, la mise en œuvre du projet par étapes ou un raccordement temporaire à une autre source d’électricité.
À quoi ressemble aujourd’hui une stratégie résiliente en matière d’énergie?
Alireza Khosroshahi : Une telle stratégie commence par la reconnaissance du fait qu’aucune source d’énergie n’est à l’abri des perturbations. Les phénomènes météorologiques extrêmes, les sécheresses et la demande croissante en électricité exercent une pression accrue sur les systèmes énergétiques et mettent en relief l’importance de la diversification.
Miser sur une seule ressource est une stratégie qui peut fonctionner dans des conditions normales. Mais pour être résiliente, une organisation doit pouvoir compter sur plusieurs options. Les interconnexions plus solides au réseau, la diversification des ressources permettant de produire de l’électricité et une capacité plus grande peuvent contribuer au maintien d’un service fiable en cas d’imprévu.
En fin de compte, la résilience consiste à avoir un plan pour se préparer aux événements susceptibles de perturber l’exploitation d’un projet.
Jérémie Côté : Du point de vue d’un projet, la résilience commence par la compréhension de l’importance cruciale de l’alimentation électrique pour l’exploitation. Dans certains cas, une brève panne reste gérable. Dans d’autres, même une brève interruption peut nuire à la production, à l’équipement ou à la performance.
La résilience ne se limite pas au raccordement au réseau. Selon le projet, elle peut prendre la forme du stockage d’énergie, d’une production d’appoint ou d’une combinaison de technologies permettant de maintenir les activités lorsque les conditions changent.
Il n’existe pas de solution unique. Chaque projet est différent. C’est pourquoi la résilience doit être évaluée en fonction des besoins opérationnels et des contraintes énergétiques du site.
Adapter l’échéancier des projets en fonction des réalités énergétiques et des contraintes liées à l’interconnexion
On ne peut pas considérer la fiabilité de l’approvisionnement en électricité comme un élément secondaire dont on s’occupe en fin de projet. L’accès à l’électricité, les délais de raccordement, les exigences réglementaires et la résilience influencent tous la planification et l’exécution des projets.
Plus les organisations règlent ces questions tôt, plus elles ont un grand nombre de possibilités. Comprendre les réalités énergétiques en début de parcours peut contribuer à éviter les retards, à réduire l’incertitude et à prendre de meilleures décisions concernant un projet.