Alors que la vague solaire de l’Alberta ralentit, l’Ontario amorce la sienne
En Ontario, le développement des énergies renouvelables entre dans une nouvelle phase, où l’énergie solaire devrait jouer un rôle de plus en plus important pour répondre aux besoins futurs en électricité. L’Alberta a déjà connu une période de croissance similaire et a déployé plusieurs gigawatts de capacité solaire au cours des dernières années. Cette expérience a fourni de précieuses leçons sur l’interconnexion au réseau, la planification de projets et la gestion des risques. Les promoteurs de l’Ontario pourront tirer parti de ces enseignements à mesure que la prochaine vague de développement prendra forme.
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Pour discuter de l’expérience acquise en Alberta et de son application aux projets de l’Ontario, nous avons fait appel à Scott Fleming, ing., directeur, Énergie éolienne et solaire, et Brenden Marchewka, ing., chef de service, Énergie solaire et stockage.
Quelles leçons tirées de l’essor du secteur solaire en Alberta peuvent aider l’Ontario à se préparer à sa prochaine vague de développement des énergies renouvelables?
Scott Fleming : Le marché de l’énergie solaire en Alberta a connu une expansion rapide quand la baisse des coûts des technologies solaires et l’évolution des conditions de marché ont créé un contexte favorable. De nombreux projets ont alors été lancés simultanément. Cette croissance a permis d’acquérir une vaste expérience en planification, interconnexion, conception, construction et mise en service. L’expérience albertaine montre que ces vagues de développement surviennent rapidement. Quand les conditions du marché sont favorables, les propriétaires et les promoteurs doivent souvent agir vite, ce qui rend d’autant plus précieuse l’expérience récente acquise sur le terrain.
L’Ontario a déjà connu une situation similaire. Dans le cadre du Programme de tarifs de rachat garantis (ou « programme FIT »), la province a développé une expertise considérable dans le secteur solaire. Toutefois, avec le ralentissement qu’a connu le secteur au fil du temps, une grande partie de cette expertise a migré vers d’autres secteurs ou de nouveaux marchés, comme l’Alberta, tandis que certain·e·s spécialistes ont pris leur retraite.
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Brenden Marchewka : Bon nombre des défis auxquels l’Alberta a été confrontée sont aujourd’hui pertinents pour l’Ontario. Au cours des dernières années, les équipes ont cherché des solutions à divers enjeux en rapport avec la conception adaptée aux climats froids, l’optimisation des outils de suivi, les fondations, la sélection des équipements, les exigences de financement et la réalisation de projets. Ces leçons ont été tirées de projets réels qui sont passés du développement à la construction, puis à l’exploitation.
« Bon nombre des leçons récemment apprises en Alberta peuvent s’appliquer directement au marché ontarien. » – Brenden Marchewka, ing., chef de service, Énergie solaire et stockage
L’industrie a considérablement évolué au cours de la dernière décennie. Les technologies, la taille des projets, les approches de conception et les exigences d’approvisionnement d’aujourd’hui diffèrent grandement de ce que beaucoup de promoteurs ont connu pendant le précédent essor de l’énergie solaire en Ontario.
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Qu’a révélé le boum solaire en Alberta sur l’interconnexion au réseau?
Scott Fleming: L’une des principales leçons à retenir est que l’interconnexion au réseau devrait être envisagée dès les premières étapes du développement d’un projet. En Alberta, la structure ouverte du marché a permis aux promoteurs de soumettre des projets assez facilement. À mesure que les conditions du marché sont devenues plus favorables, le nombre de projets proposés a augmenté rapidement, dépassant largement la capacité de raccordement du réseau.
Cette situation a engorgé la file d’attente pour les demandes de raccordement et augmenté la pression sur les responsables de la planification, les services publics et les promoteurs. Dans bien des cas, les promoteurs de projets ont supposé que la proximité d’une ligne de transport permettrait un raccordement facile. Or, ils se trompaient souvent.
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« Les promoteurs peuvent cibler des sites à proximité des lignes de transport, mais s’ils n’évaluent pas la capacité disponible dès le départ, le projet risque d’être déjà bien avancé quand ils constateront qu’il n’est pas viable. » – Scott Fleming, ing., directeur, Énergie éolienne et solaire
Les promoteurs ont appris qu’il fallait d’abord confirmer la capacité disponible au point de raccordement privilégié et évaluer les risques de congestion et de limitation de la production. Entreprendre les démarches foncières, environnementales et de mobilisation des parties prenantes sans ces vérifications pouvait les faire passer à côté d’un problème susceptible de compromettre le projet.
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Le processus Long-Term 2 (LT2) de l’Ontario comprend une évaluation de la capacité du réseau électrique. Toutefois, celle-ci a lieu pendant l’évaluation des soumissions, souvent trop tard pour réduire les risques, optimiser la sélection du site et développer le projet avant l’ouverture d’une période d’approvisionnement LT2. Il est donc essentiel de réaliser, dès les premières étapes de développement, la même évaluation de la capacité du réseau que celle utilisée par la Société indépendante d’exploitation du réseau d’électricité (SIERE) pour évaluer les soumissions LT2.
Brenden Marchewka : Le processus est devenu de plus en plus complexe. Au fil du temps, les exigences ont évolué, les études sont devenues plus détaillées et les promoteurs doivent maintenant prendre des décisions importantes plus tôt dans le cycle de vie d’un projet.
Pour l’Ontario, l’interconnexion au réseau ne représente pas seulement un défi : elle oriente aussi beaucoup d’autres décisions liées au projet. Les contraintes du réseau peuvent influencer la sélection du site, la taille du projet, le choix des équipements et la viabilité commerciale.
Comment les promoteurs peuvent-ils améliorer leurs chances de réussite avant même d’atteindre l’étape de l’interconnexion?
Brenden Marchewka: À la lumière de ce que nous avons observé avec l’essor qu’a connu l’énergie solaire en Alberta, nous recommandons fortement d’investir dès les premières étapes de développement d’un projet. Trop souvent, les promoteurs passent directement aux discussions sur l’approvisionnement ou sur les prix sans avoir clairement défini la portée et les caractéristiques du projet. Cette approche peut entraîner des surprises coûteuses plus tard dans le cycle de vie du projet.
« Un investissement modeste pendant la phase de développement peut grandement contribuer à réduire l’incertitude et à éviter des imprévus coûteux plus tard dans le projet. » – Brenden Marchewka, ing.
Notre équipe recommande de réaliser dès le début du processus des études d’avant-projet (FEED). Celles-ci peuvent comprendre des investigations géotechniques, des évaluations technologiques, des études de conception préliminaires et des analyses d’optimisation du projet. Ces démarches contribuent à réduire l’incertitude et à mieux cerner les coûts, la constructibilité et le rendement à long terme.
Scott Fleming : La première question consiste souvent à savoir si le projet peut être raccordé au réseau à l’endroit prévu. Évaluer dès le départ la capacité du réseau et sa capacité d’acheminement permet d’écarter les sites qui pourraient présenter des contraintes majeures par la suite.
À partir de là, les promoteurs peuvent évaluer d’autres facteurs, comme les conditions foncières et environnementales, les considérations communautaires et la viabilité économique du projet.
L’expérience acquise en Alberta montre que les projets réussis partent rarement de suppositions, mais plutôt de décisions éclairées. Plus les promoteurs ont une idée claire de la capacité du réseau, des technologies et des exigences du projet, moins les imprévus risquent de se multiplier à mesure que le projet avance.
Comment les promoteurs en Ontario peuvent-ils se préparer pour la suite?
La prochaine vague de projets solaires en Ontario apportera des possibilités et de nouveaux défis propres au contexte ontarien. Elle fera aussi ressortir bon nombre des enjeux auxquels l’Alberta a été confrontée ces dernières années. Heureusement, l’industrie est aujourd’hui mieux préparée à y faire face.
Les propriétaires peuvent réduire les incertitudes en évaluant dès le départ la capacité d’interconnexion et en investissant dans la définition initiale de leur projet. En optimisant sa configuration et la sélection des technologies avant de prendre des engagements importants, ils seront en meilleure posture pour aller de l’avant.
Grâce à sa forte présence en Ontario et à l’expérience qu’elle a acquise sur le terrain dans le cadre de récents projets solaires en Alberta, notre équipe met à profit les enseignements appris pour aider sa clientèle à prendre des décisions plus éclairées dès les premières étapes de développement des projets.
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