12 août, 2026

Les quatre erreurs qui nuisent à la performance future d'un actif industriel

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Le développement d'un nouvel actif industriel s'accompagne d'une multitude de décisions techniques, financières et organisationnelles. Pourtant, malgré des investissements importants et une exécution de projet rigoureuse, certaines organisations peinent à atteindre les résultats attendus une fois la mise en service amorcée, que ce soit en matière de montée en performance, de maîtrise des coûts, d’efficacité opérationnelle ou de valeur réellement générée par l’investissement.

Après plus de 30 ans à accompagner les entreprises industrielles dans leurs projets, Caroline Provost, directrice, mise en œuvre de stratégie d’opération, a développé une compréhension fine des facteurs qui contribuent à la réussite d’un actif. Son expérience lui a appris que plusieurs enjeux trouvent leur origine dans des processus décisionnels qui auraient gagné à intégrer plus tôt les besoins d’exploitation, les capacités organisationnelles et les objectifs d’affaires.

Elle nous partage aujourd’hui quatre erreurs fréquemment observées, leurs répercussions sur la performance future d’un actif et, surtout, comment les éviter. 

  1. Erreur no 1 : reporter la définition du modèle opérationnel 

    Dans plusieurs projets, le modèle opérationnel, soit l'ensemble des façons de faire, des rôles, des processus de décision et des mécanismes de gouvernance qui permettront d'exploiter l'actif au quotidien, est développé une fois les grandes décisions de conception déjà prises. L’objectif est souvent de faire avancer rapidement le projet en se concentrant sur la faisabilité, les coûts et les technologies, et de traiter les enjeux d’exploitation plus tard.

    « Or, la façon dont l’organisation prévoit exploiter l’actif influence directement de nombreuses décisions, explique Caroline Provost. Lorsque cette réflexion est retardée, les possibilités d’ajustement diminuent, les compromis se multiplient et il devient plus difficile d’atteindre les niveaux de performance recherchés à long terme puisque les équipes doivent adapter leurs façons de faire à un actif qui n’a pas été conçu en fonction de leurs besoins opérationnels. »

    Il est donc essentiel de définir rapidement ce à quoi ressembleront les opérations quotidiennes afin de s’assurer que les choix de conception réalisés aujourd’hui soutiendront les objectifs d’affaires, de performance et d’exploitation de demain, notamment en matière de production, de contrôle des coûts, de fiabilité et de qualité des décisions opérationnelles. 

  2. Erreur no 2 : choisir les technologies avant de définir la vision d’exploitation 

    Les possibilités technologiques n’ont jamais été aussi nombreuses et la pression est forte pour intégrer rapidement les dernières innovations dans les nouveaux projets. Pourtant, une technologie performante sur le plan technique ne garantit pas nécessairement une amélioration de la performance opérationnelle.

    Lorsqu’une organisation sélectionne ses outils avant d’avoir défini comment elle souhaite exploiter son actif, elle risque d’investir dans des solutions difficiles à intégrer ou peu adaptées à la réalité du terrain. Une solution ne crée de valeur que si elle répond à un besoin clairement identifié et s’intègre naturellement à la façon dont l’actif sera exploité.

    La question devrait donc être : quelle expérience opérationnelle voulons-nous créer, quelles capacités devons-nous développer et quels résultats cherchons-nous à atteindre? Les technologies choisies viennent ensuite soutenir cette vision, et non l’inverse. 

  3. Erreur no 3 : travailler en silos tout au long du projet 

    Les projets industriels mobilisent une multitude d’acteurs : équipes d’affaires, gestionnaires de projet, ingénieur·es, spécialistes techniques, futur personnel d’exploitation et partenaires externes.

    Chacun apporte une expertise essentielle. Toutefois, lorsque les décisions sont prises en parallèle plutôt qu’en collaboration, le risque est de voir émerger des objectifs contradictoires ou des priorités mal alignées.

    Par exemple, une décision techniquement optimale peut complexifier les opérations futures. À l’inverse, une orientation d’affaires peut avoir des impacts importants sur la conception, les coûts d’exploitation ou la gestion des risques. Sans vision commune ni gouvernance claire, ces décisions peuvent finir par se contredire et nuire à l’atteinte des objectifs opérationnels.

    Les projets les plus performants sont généralement ceux où les choix d’ingénierie, les décisions d’affaires et les besoins des équipes d’exploitation sont arbitrés ensemble dès le départ, autour d’une vision commune et d’une gouvernance claire. 

  4. Erreur no 4 : sous-estimer la transition vers l’exploitation 

    La fin de la construction est souvent perçue comme la ligne d’arrivée du projet, alors qu’il s’agit plutôt du début d’une nouvelle étape. L’organisation doit désormais être prête à exploiter l’actif, ce qui implique la préparation des équipes, le développement des compétences requises, la mise en place des processus, l’évolution de la gouvernance, l’intégration de nouveaux outils de travail et l’adoption de nouveaux comportements opérationnels.

    Ces capacités devraient être développées progressivement tout au long du projet, et non uniquement une fois l’actif livré. Dans le cas contraire, la période de démarrage risque d’être plus longue, plus coûteuse et plus complexe que prévu, ce qui peut retarder l’atteinte des objectifs.

    Il faut aussi reconnaître qu’une période d’ajustement sera inévitable après la mise en service. Les organisations qui s’y préparent tôt sont généralement mieux outillées pour atteindre rapidement les niveaux de performance recherchés, mais aussi pour les maintenir dans le temps, les adapter à l’évolution des opérations et soutenir une amélioration continue tout au long du cycle de vie de l’actif. 

  5. Ce que ces quatre erreurs révèlent, c’est que la réflexion sur l’exploitation future est souvent amorcée trop tard. 

    « On pense beaucoup à la constructibilité d’un actif, mais pas assez à son opérabilité. Il ne faut pas oublier qu’une fois les grandes décisions de conception prises, il devient beaucoup plus difficile d’adapter l’actif aux besoins réels des équipes qui devront l’exploiter. »

    Pour les organisations qui souhaitent maximiser la valeur de leurs investissements, la clé est donc de préparer dès le départ les conditions qui permettront d’exploiter efficacement leur actif sur le long terme, en assurant une cohérence entre la stratégie d’affaires, le design opérationnel, les capacités organisationnelles et les technologies qui soutiendront l’exploitation. 

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